Pratiquer une activité sportive est bon pour la santé. Mais quels sont les effets concrets sur le cerveau ? Pour en savoir plus, nous avons rencontré Alexandra Perrot, Directrice du master VHMA à l’université Paris-Saclay et Docteur en «Sciences du Sport, de la Motricité et du Mouvement Humain» pour qu’elle nous donne quelques éléments de réponse.


LaSèche : Que se passe-t-il dans le cerveau lorsque l’on pratique une activité sportive ?

Alexandra Perrot : Le cerveau reçoit des composés chimiques libérés par les neurones, on appelle cela la sécrétion de neurotransmetteurs. Et les bénéfices arrivent dès le premier jour d’activité ! Plus la pratique est régulière, plus les effets de cette sécrétion perdurent. 


LS : Quels sont les effets de ces neurotransmetteurs ?

AP : Il y a plusieurs sortes de neurotransmetteurs : sérotonine, dopamine, noradrénaline, qui tous, jouent sur différents aspects : humeur, bien-être, estime de soi, motivation, apprentissage… Et ce qui est génial, c’est que ces effets se ressentent dès le début de l’activité sportive !

Vient ensuite la libération d’endorphines (des analgésiques atténuant la douleur) 30 à 40 minutes après le début de l’effort. Les coureurs, par exemple, cherchent cette zone de confort, et en deviennent parfois addict ! Cette addiction, bien réelle et appelée bigorexie, est psychologique contrairement à certaines drogues où le manque, plus grave, est physique.


LS : On entend souvent parler du “BDNF”. Pouvez-vous nous le définir ? 

AP : Le BDNF (facteur neurotrophique dérivé du cerveau) est une protéine essentielle au bon fonctionnement des neurones et donc de l’activité cérébrale. C’est le facteur neurotrophique principal. Un manque de BDNF peut causer la dépression ou le développement de maladies dégénératives comme Alzheimer. L’activité physique permet de pallier cette absence. À contrario, certaines pathologies ou comportements peuvent diminuer sa sécrétion (tabac, mauvaise alimentation, sédentarité, manque de sommeil). 


LS : Comment agissent ces facteurs neurotrophiques sur le cerveau ?

AP : La sécrétion de facteurs neurotrophiques est, dans un premier temps, responsable de l'angiogenèse, ou la création de capillaires sanguins. Plus ces derniers sont présents, plus l’apport d’oxygène au cerveau est facilité. Et, un cerveau bien oxygéné est un cerveau vif et en bonne santé !

Dans un second temps, la neurogenèse se produit. Elle contribue significativement au renouvellement des neurones dans l’hippocampe. Cette zone, centrale et cruciale au fonctionnement de la machine humaine, est en grande partie responsable de nos capacités à apprendre et à avoir une bonne mémoire.

Enfin, vient la synaptogenèse ou la connexion des neurones entre eux. Cette dernière a la particularité de se produire uniquement lorsque nous pratiquons une nouvelle activité physique (nouveau mouvement par exemple). Plus l’on innove, plus le cerveau créera de nouvelles connexions qui contribueront à avoir un cerveau plus performant de manière générale. Ne faire qu’une seule activité est donc déconseillé, il faut varier les exercices et sortir de sa zone de confort !


LS : J’ai entendu parler de “cerveau plastique” cela a-t-il un rapport ?

AP : Tout à fait, la plasticité cérébrale c’est la capacité à remodeler ses connexions en fonction de l'environnement et des expériences vécues par l'individu. Le cerveau n’est pas figé, il est capable de se réorganiser, face à des événements traumatisants comme par exemple un accident vasculaire cérébral (AVC), un traumatisme crânien, ou même un choc psychologique intense. 


LS : Les effets sur le cerveau sont-ils différents selon l’activité sportive choisie ? 

AP : Tout sport est bon à prendre pour l’amélioration cognitive. Mais la pratique de sports cardio reste la meilleure arme. Il faut aller chercher l'essoufflement et bien sûr, il faut transpirer !


LS : Peut-on donc dire que la pratique régulière d’une activité physique rend plus intelligent ?

AP : L’intelligence est un terme complexe qui englobe beaucoup de choses. On peut cependant dire, que les sportifs réguliers ont de meilleures fonctions exécutives. C’est-à-dire le fait de savoir exécuter plusieurs tâches en même temps ou encore de mieux gérer des changements de plans de dernière minute (mémoire de travail), par exemple.

Les effets positifs d’une activité sportive régulière se feront ressentir par tous, qu’importe l’âge auquel nous nous y mettons.

Pour conclure, Alexandra nous a confié une anecdote : “Nous avons observé le rétrécissement du cerveau du koala, car celui-ci n’avait aucune activité physique à faire. Sauf celle de tendre le bras pour manger…”. Vous l’aurez compris, muscler ses jambes c’est muscler son cerveau. Bouger est donc le seul véritable bouclier face aux maladies dégénératives du cerveau. Il n’y a pas de meilleur médicament au monde que l’activité sportive. 

Cécile, Média Manager @LaSèche

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